Il s’arrêta, pris du remords de céler une partie de la vérité à son juge. Et, brusquement, pour en finir:
—C’est à ce moment que j’ai reçu cette grâce, cette illumination dont j’ai parlé. Pour l’autre rencontre...
—J’en sais assez... momentanément du moins, interrompit le doyen. Le détail importe peu.
Il renversa la tête sur l’oreiller, prit, avec une grimace douloureuse, sa tabatière tout au fond de sa poche, huma sa prise, et, levant mollement les mains comme pour s’excuser poliment d’interrompre une conversation ordinaire:
—Voulez-vous sonner Mme Estelle? C’est l’heure où je dois prendre ma potion de salicylate et j’ignore où elle a placé le flacon.
Le flacon fut retrouvé à sa place habituelle. Il but lentement, s’essuya les lèvres avec beaucoup de soin, puis congédia la gouvernante d’un regard affectueux. Lorsque la porte se fut refermée:
—On va vous prendre pour un fou, mon garçon, dit-il.
Mais il avait devant lui (il n’en doutait pas) un de ces hommes dont l’expérience est tout intérieure, comme formés par le dedans et dont l’équilibre n’est pas aisément rompu. A peine une légère contraction des traits accusa-t-elle plus de surprise que de crainte. Il répliqua posément:
—Je vous devais cet aveu. Dieu m’est témoin que je désire l’oubli de tout ceci, et le silence.
—Comptez sur moi, continua le doyen de Campagne, pour cacher tout ce qui peut être celé sans mensonge. Car enfin je suis votre supérieur direct, mon ami, mais j’ai mes supérieurs, moi aussi!