—Ah! plutôt le désespoir, s’écria-t-il, et tous ses tourments qu’une lâche complaisance pour les œuvres de Satan!
A sa grande surprise, car il avait laissé échapper ce souhait comme un cri, et l’avait entendu avec une espèce d’effroi, le doyen de Campagne lui prit les deux mains dans les siennes et dit doucement:
—C’en est assez: je lis clairement en vous: je ne m’étais pas trompé. Non seulement vous n’avez pas sollicité de consolation, mais vous avez entretenu votre esprit de tout ce qui était capable de vous pousser au désespoir. Vous avez entretenu le désespoir en vous.
—Non pas le désespoir, s’écria-t-il, mais la crainte.
—Le désespoir, répéta l’abbé Menou-Segrais sur le même ton, et qui vous eût conduit de la haine aveugle du péché au mépris et à la haine du pécheur.
A ces mots, l’abbé Donissan, s’arrachant à l’étreinte du doyen de Campagne, et les yeux soudain pleins de larmes:
—La haine du pécheur! s’écria-t-il d’une voix rauque (la pitié de son regard avait quelque chose de farouche). La haine du pécheur!
La violence et le désordre de ses sentiments arrêtèrent la parole sur ses lèvres, et ce ne fut qu’après un long silence qu’il ajouta, les yeux clos sur une vision mystérieuse:
—J’ai disposé d’un bien autrement précieux que la vie...
Alors la voix du doyen de Campagne retentit dans le nouveau silence, ferme, claire, impossible à éluder: