L’ancien professeur de chimie, un moment déconcerté, choisit de sourire aussi. Mais le jeune docteur de Chavranches, déjà familier:
—Allons, allons! l’abbé, vous voilà comme un bourgmestre à l’entrée du roi dans sa bonne ville. L’illustre maître n’a pas fait cent lieues pour s’entendre louer. Dois-je l’avouer, monsieur, continua-t-il en s’inclinant vers Saint-Marin, je suis prêt moi-même à commettre envers vous une faute plus grave.
—Ne vous gênez pas, répondit le romancier d’une voix douce.
—Permettez-moi seulement de vous demander pour quel motif...
—N’ajoutez plus un mot, si vous tenez à mon estime! s’écria l’auteur du Cierge Pascal. Je devine que vous désirez connaître la raison qui m’a déterminé à entreprendre ce petit voyage? Or, grâce à Dieu, je n’en sais pas là-dessus plus long que vous. Le travail de composition, jeune homme, est le plus ennuyeux et le plus ingrat de tous; c’est bien assez de composer mes livres, je ne compose pas ma vie. Cette page-ci est une page blanche.
—J’espère que vous l’écrirez, cependant, soupira le curé de Luzarnes, et j’ose dire que vous nous la devez.
Le regard toujours un peu vague de l’illustre maître tomba de haut sur son benoît quémandeur, et l’effleura sans se poser. Puis il demanda, les yeux mi-clos:
—Ainsi nous attendons tous les trois le bon plaisir d’un saint?
—Les clefs du sanctuaire d’abord, remarqua l’enfant terrible de Chavranches, et le bon plaisir du sacristain Ladislas.
—Comment cela? fit Saint-Marin, sans daigner voir le geste du curé de Luzarnes demandant la parole.