—Ne peut guère?

—C’est-à-dire... les couvreurs... Enfin, les couvreurs parlaient de laisser l’ouvrage en plan..., de revenir après les fêtes du nouvel an.

—Notre clocher a besoin de réparations, en effet, expliqua le doyen de Campagne. La charpente a failli céder, aux pluies d’automne; j’ai dû faire appel à l’entrepreneur de Maurevert et embaucher sur place des ouvriers sans expérience, pour un travail, en somme, dangereux. M. Donissan...

Il se tourna vers la gouvernante, et dit sur le même ton:

—Priez-le de descendre tel quel. Cela ne fait rien...

—M. Donissan, reprit-il dès que la vieille femme eut disparu, m’a demandé la permission de prêter la main... Oh! il ne la prête pas à demi! Je l’ai vu, la semaine dernière, un matin, au haut des échelles, sa pauvre culotte collée aux genoux par la pluie, guidant les madriers, criant des ordres à travers les rafales, et visiblement plus à l’aise sur son perchoir que dans sa stalle du grand séminaire, un jour d’examen trimestriel... Il a sans doute recommencé aujourd’hui.

—Pourquoi l’appelez-vous? dit l’abbé Demange. Pourquoi l’humilier? A quoi bon!

L’abbé Menou-Segrais éclata de rire et, posant la main sur le bras de son ami:

—J’aime à vous confronter, fit-il. J’aime à vous voir face à face. J’y mets probablement un peu de malice. Mais c’est la dernière fois peut-être, et d’ailleurs au bout de cette malice il y a un sentiment très vif et très tendre, que je vous dois, de la miséricorde de Dieu, de sa divine suavité. Qu’elle est donc forte et subtile, qu’elle embrasse donc étroitement la nature, cette grâce qui par une voie si différente, sans les contraindre, rassemble doucement vos deux âmes à l’unité, à la réalité d’un seul amour! Que la ruse du diable paraît vaine, en somme, dans sa laborieuse complication!

—Je le crois avec vous, dit l’abbé Demange. Pardonnez-moi encore ceci, qui vous paraîtra bien commun. Je crois que le chrétien de bonne volonté se maintient de lui-même dans la lumière d’en haut, comme un homme dont le volume et le poids sont dans une proportion si constante et si adroitement calculée qu’il surnage dans l’eau s’il veut bien seulement y demeurer en repos. Ainsi—n’étaient certaines destinées singulières—j’imagine nos saints ainsi que des géants puissants et doux dont la force surnaturelle se développe avec harmonie, dans une mesure et selon un rythme que notre ignorance ne saurait percevoir, car elle n’est sensible qu’à la hauteur de l’obstacle, et ne juge point de l’ampleur et de la portée de l’élan. Le fardeau que nous soulevons avec peine, en grinçant et grimaçant, l’athlète le tire à lui, comme une plume, sans que tressaille un muscle de sa face, et il apparaît à tous frais et souriant... Je sais que vous m’opposerez sans doute l’exemple de votre protégé...