A chaque éclat de ce rire, l’abbé Donissan tressaillait, pour retomber aussitôt dans une immobilité stupide, son cerveau engourdi ne formant plus aucune pensée.

L’autre se frottait vigoureusement les paumes.

—Quelle grâce?... Quelle grâce?... répétait-il en imitant comiquement sa victime... Dans le combat que tu nous livres, il est facile de faire un faux pas. Ta curiosité te donne à moi pour un moment.

Il s’approcha, confidentiel:

—Vous ignorez tout de nous, petits dieux pleins de suffisance. Notre rage est si patiente! Notre fermeté si lucide! Il est vrai qu’Il nous a fait servir ses desseins, car sa parole est irrésistible. Il est vrai—pourquoi le nierais-je?—que notre entreprise de cette nuit paraît tourner à ma confusion... (Ah! quand je t’ai pressé tout à l’heure, sa pensée s’est fixée sur toi et ton ange lui-même tremblait dans la giration de l’éclair!) Cependant, tes yeux de boue n’ont rien vu.

Il s’ébroua dans un rire hennissant:

—Hi! Hi! Hi! De tous ceux que j’ai vus marqués du même signe que toi, tu es le plus lourd, le plus obtus, le plus compact!... Tu creuses ton sillon comme un bœuf, tu bourres sur l’ennemi comme un bouc... De haut en bas, une bonne cible!

Et toujours l’abbé Donissan, secoué de brusques frissons, le suivait du regard, avec une frayeur muette. Toutefois, quelque chose comme une prière—mais hésitante, confuse, informe—errait dans sa mémoire, sans que sa conscience pût la saisir encore. Et il semblait que son cœur contracté s’échauffait un peu sous ses côtes.

—Nous te travaillerons avec intelligence, poursuivait l’autre. Aie souci de nous nuire. Nous te tarauderons à notre tour. Il n’est pas de rustre dont nous ne sachions tirer parti. Nous te dégraisserons. Nous t’affinerons.

Il approchait sa tête ronde, toute flambante d’un sang généreux.