La lune était déjà haut dans le ciel lorsqu’ils atteignirent la cabane. C’était une maison de bois solidement construite, au centre d’un défrichement sans doute abandonné depuis des années, bien qu’on y rencontrât encore çà et là, entre les jeunes arbres forts et drus, les vieux troncs noirs brûlés par la flamme, ou des souches pourrissantes. Sur le seuil, à côté d’une grande jarre vide, hors d’usage, énorme dans la lumière blonde, une roue de bicyclette, rongée de rouille. La patte traversée d’un clou de fer, et balancé par la faible brise nocturne, un chat sauvage pendait au-dessus de la porte, à demi dépouillé de sa peau.

Elle s’écarta pour le laisser passer, le suivit docilement, de son pas toujours muet… Mais si promptement qu’elle eût porté ses deux poings liés à la bouche, il vit l’éclair de l’acier, et tira violemment à lui la laisse de cuir. La fille tomba sur les genoux. Le couteau rebondit et sonna deux fois contre la pierre. Il pensa qu’elle l’avait sans doute adroitement happé des dents sur la table, en entrant.

— Holà ! dit une voix dans la nuit. Qui va là ? Est-ce toi, Mendoze ?

— Je vous demande pardon, fit-il poliment. J’arrive en ami, monsieur. J’ai trouvé par hasard une jolie bête d’une espèce très particulière. Je pense que vous ne serez peut-être pas fâché de savoir ce qu’elle faisait, si loin de son maître, en pleine brousse, le soleil couché, sur la tombe d’un camarade. Êtes-vous réellement souffrant, monsieur ?

Nulle réponse. Seule, l’ombre démesurée du chat sauvage allait et venait sur le seuil. La prisonnière, toujours à genoux, ne bougeait pas plus qu’une pierre. Mais, bien qu’elle retînt sûrement son souffle, le sifflement léger de la petite poitrine haletante devint perceptible dans le silence.

— Bisbillitta ! s’écria soudain l’inconnu, d’un accent extraordinaire.

Il essaya sans doute de se mettre debout, car on l’entendit un moment geindre et jurer.

— Monsieur…, camarade…, n’importe ! reprit-il d’une voix épuisée. Fermez la porte derrière vous. Fermez la porte. Elle vous échappera, camarade ! Bonté de Dieu ! Elle est rusée comme une couleuvre.

— Comptez sur moi, répondit l’autre voix dans la nuit. Inutile de vous tourmenter. J’ai trop bonne envie de savoir le dernier mot de cette histoire, monsieur. Pauvre fille ! La voilà tenue en laisse, pour le moment… Mais je n’y vois pas plus que dans un four.