Votre ami.
Septembre 1866.
J'ai été bien long à vous répondre. Mon temps est dévoré par le travail. Mes 320 pages d'épreuves sont corrigées et remplacées par d'autres; il n'y a pas de fin! J'ai terminé le premier acte de la Jolie Fille. À propos du roman de Walter Scott, il faut que je vous avoue mon hérésie. Je le trouve détestable. Entendons-nous: c'est un détestable roman, mais c'est un livre excellent. M. Ponrail du Tesson, chevalier de la L. d'h., arrivera peut-être à faire un bon roman, mais il ne fera jamais que des livres méprisables. Vous me comprenez: je veux seulement excuser Saint-Georges de n'avoir pas suivi l'intrigue du romancier anglais. Comme vous prenez part à ce qui m'intéresse, que vous êtes réellement mon ami, je ne crains pas de vous ennuyer en vous contant brièvement mon scénario:
reine de Bohême, dit Saint-Georges; moi, je dis: reine des Bohémiens.
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ACTE PREMIER
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L'atelier de Smith. Ameublement ad hoc.
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SCÈNE PREMIÈRE
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Les forgerons au travail.
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chœur
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Travaillons et forgeons, etc.
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Survient Smith.
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SM: Amis, ce soir carnaval. Amusez-vous; votre tâche est finie, etc.
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Exeunt les forgerons.
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SCÈNE II
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smith seul.
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Me voilà seul avec mon amour à Catherine. Pourquoi ne veux-tu pas
m'aimer? Pourquoi n'obéis-tu pas à ton père qui me veut pour gendre?
etc.
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Récit et romance.
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Bruit au dehors. SM: Qu'entends-je?... des cris. Je crois qu'on
insulte une femme. Courons.
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Il prend une hache et se dispose à sortir lorsque Mab se précipite.
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SCÈNE III
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Mab: Secourez-moi. Je meurs d'effroi; de jeunes seigneurs ont voulu
m'embrasser à votre porte. Sm.: Ne craignez rien. Vous êtes chez moi.
Mab: Merci. Mais à mon tour laissez-moi vous rendre service. Donnez-moi
votre main, et je vous dirai votre destin futur. Sm: Ma pauvre enfant,
tu perds ton temps, je ne crois pas aux sorciers. Mab, prenant la main
de Sm: Vous êtes amoureux d'une coquette qui vous fait mourir de
jalousie, mais je vous affirme qu'elle vous aime. Ne craignez rien de
Ralph; il l'aime, mais elle n'aime que vous, et tenez, pour vous faire
respecter mon art magique, dans un instant Simon Glover viendra avec sa
fille et son apprenti vous demander à souper. Sm.: Est-il
possible?—Ensemble, etc. (On frappe au dehors.) Mab: Ce sont eux.
Sm:: Mais, j'y pense, Catherine est jalouse. Cache-toi, là, dans cette
chambre. (Mab se cache.)
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SCÈNE IV
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smith, glover, cath., ralph.
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Les arrivants: C'est aujourd'hui carnaval et nous venons nous réunir
chez un ami. Sm: Soyez les bienvenus. Belle Catherine, merci. Ralph,
sombre: Que se disent-ils tous les deux? Glover: Nous souperons chez
toi, mais j'ai peu de confiance en ta cuisine. Par ce mauvais temps, il
faut bien boire et bien manger. Je t'ai donc apporté des vins. Cath: Fi
donc! Peut-on penser à de semblables détails? Le carnaval nous garde
d'autres plaisirs. Ici Air de bravoure: De grâce, etc., sur les
plaisirs du carnaval. Glover, après l'air: Tout cela est fort joli,
mais j'aime mieux un bon souper. Ralph, viens avec moi; je veux
surveiller les apprêts du repas. Ralph, maussade: Je suis votre
apprenti, mais je ne suis pas cuisinier, du reste, j'aperçois près de la
porte l'inconnu qui suivait tout à l'heure Catherine. Sm, avec colère:
Mon bras est le plus fort du canton et je n'ai pas besoin de vous pour
la défendre. Ralph: Mais... Cath: Assez!... Glover: Viens ou je te
chasse. Ralph: Les laisser seuls! Hélas! mais je me vengerai.
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Ils sortent.
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SCÈNE V
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cath. sm.
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Sm: C'est bientôt la Saint-Valentin. Laissez-moi vous offrir cette
fleur. (Une rose d'or émaillé.) Cath: Mais c'est tricher que
d'accepter d'avance un présent. Sm: Consentez à notre mariage. Cath:
Nous verrons! Sm: Je vous aime... Ici, un duo d'amour...sans
cabalette.
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SCÈNE VI
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Un étranger couvert d'un manteau: C'est ici que la belle est entrée...
La voici. Sm: Que voulez-vous?... Faire redresser mon poignard que j'ai
faussé dans le bras d'un manant. Sm. se met à l'ouvrage furieux.
L'étranger, qui n'est autre que le duc, fait la cour à Catherine. Sm.
interrompt la conversation en frappant violemment sur son enclume.
Catherine, qui n'était pas fâchée de donner une leçon de patience à
Smith, finit par trouver le duc un peu entreprenant. Smith, qui n'entend
plus et qui bout de jalousie, redescend la scène, et, voyant le duc qui
veut embrasser la main de Catherine, il lève sur lui son marteau, mais
la Bohémienne a suivi cette scène de la chambre où elle était cachée,
elle s'élance au-devant de Smith en poussant un cri. Catherine et le
duc, qui n'ont pas vu le mouvement de Smith, se retournent en entendant
ce cri! Coup de théâtre. Quatuor. (L'effet de l'acte, je crois.)
Catherine, furieuse, ne veut pas entendre les explications de Smith.
Glover revient en chantant et suivi de Ralph qui porte une table servie.
Il ne comprend rien à la colère de sa fille. Il se met à table. Mab
agace le duc dont elle est éprise. Smith se désole. Catherine boude. Le
duc sort en riant. Le rideau baisse.
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Voilà mon premier acte, très mal raconté. Je suis content de la musique. Je crois avoir bien établi mes types. Le Ralph est bien venu. Il deviendra très important au deuxième acte. Je suis très satisfait du deuxième acte auquel je travaille et que je vous raconterai dans ma prochaine lettre.
Vos maximes sont charmantes. Dès mon retour à Paris, je veux lire le livre de Taine dont on m'a dit beaucoup de bien. Taine est... évidemment l'esprit le plus fort, parce qu'il est le plus sain, de notre époque.