Je vous renverrai poste par poste en vous indiquant la fugue à faire. À bientôt donc.
Votre ami.
Février 1867.
Enfin!... Je puis vous écrire!... En vérité, je mène une existence insensée. Jugez-en: presque tous les jours, je vais chez Carvalho, puis chez Saint-Georges, du Châtelet à la rue...[69]; tous les jours, je dîne en ville; je n'ai pas encore le moyen de me passer de certaines relations; tous les jours, j'ai des leçons; j'ai à diriger la publication de Mignon, réduire la partition piano solo, une partition de six cents pages, deux épreuves; douze cents, les parties séparées, huit cents, la partition piano et chant etc., etc. Il faut enrayer; je suis malade. Après des pourparlers sans fin, ***, effrayé par le four de... et par celui de... qui est imminent, tancé par le ministère qui voit avec indignation un théâtre subventionné jouer des opéras payés[70], se décide à courir au plus sûr, et je vais entrer en répétitions. Il y a encore des difficultés sans nombre, mais la chose est arrêtée en principe, et nous allons marcher. On jouera à...[71] X, mais Y, et Z. sont remis. Ce qu'il a fallu dépenser d'intelligence et de volonté pour arriver à ce résultat... vous ne pouvez vous l'imaginer. Pour être musicien, aujourd'hui, il faut avoir une existence assurée, indépendante, ou un véritable talent diplomatique. Je passerai sans doute en avril, et peut-être alors, après l'édition de ma partition, pourrai-je réaliser notre projet de promenade. C'est mon désir le plus cher, mais je ne puis rien vous dire encore. Le théâtre est un terrain mouvant, on ne sait jamais le lendemain.
Je n'ai pas vu G. depuis trois semaines. Que devient-il?... J'arrive à votre quatuor.
Je l'ai lu attentivement. Voici mon opinion sincère. Je vous dois la vérité, ou, du moins, ce que je crois être la vérité: au point de vue de la forme, de l'entente des instruments, etc., rien à dire, c'est très expérimenté; au point de vue de l'idée, mon cher ami, c'est faible, c'est vieux.
Vous savez votre affaire, mais il ne faut plus écrire que des choses senties, et je doute que vous ayez senti votre travail. C'est un devoir, ce n'est pas de la musique. Vous voilà arrivé, vous êtes compositeur; la fugue va vous développer, mais avec la fugue, il faut chercher à créer des œuvres d'imagination.
Pardonnez-moi ma sincérité, mais mon rôle d'ami ne me permet aucune tergiversation. Du reste, mon jugement ne doit pas vous décourager. Vous avez voulu faire un travail profitable à vos progrès, et vous avez réussi.
Je vous ai envoyé neuf mélodies[72]. Les avez-vous reçues?
Encore une fois pardon pour mon long retard et mille amitiés tendres de votre