Écrivez-moi. Qu'allez-vous faire?—En juin, nous nous verrons si peu...
Votre vrai ami.
Octobre 1869, 22, rue de Doual, Paris.
Mon bien cher ami,
La détermination que vous prenez est aussi favorable à votre santé morale qu'à votre santé physique. Ici, tout est troppmannisme, haussmannisme et napoléonisme! Vivez au grand air, cultivez, travaillez et moralisez! Supposez dans chaque département cent agriculteurs de votre trempe, et voyez où nous en serons dans vingt ans.—Ce que vous avez fait n'est pas perdu! Vous vous êtes préparé des jouissances d'autant plus grandes qu'elles contrasteront davantage avec vos occupations ordinaires.—Vos nerfs conserveront leur délicatesse, grâce à la musique, et vos muscles se fortifieront, grâce à l'agriculture. Vous pourrez exercer votre influence sur une certaine quantité d'hommes et vous aurez conscience du bien que vous ferez chaque jour.—Au point de vue du progrès humanitaire, vous ferez cent fois plus que vous n'auriez fait dans cette lutte fatigante, énervante et souvent, hélas, sans issue.
Avec les livres, votre intelligence et un petit séjour à Paris tous les deux ans, vous serez plus avancé que nos chroniqueurs les mieux informés.—À un autre point de vue, celui de la famille (quelque imparfaite que soit cette institution), vous vous ouvrez un avenir qui vous aurait été fermé bien longtemps, toujours, peut-être.
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Vous faites bien de ne pas venir à Paris cet hiver; je vous verrais avec peine renoncer à vos nouveaux projets, car je sens que de leur réalisation dépend votre bonheur. Installez-vous dans vos résolutions; exécutez, et l'air de Paris ne pourra plus vous être nuisible. Vous allez, sans doute, rester un temps assez long sans composer, mais vous y reviendrez, et je serai toujours là, vous le savez.—Je ne serais même pas étonné qu'un grand progrès fût le résultat de votre nouvelle situation.
Donc, mon cher, je suis heureux, content, complètement satisfait de cette grande résolution. Vous faites bien, et mon amitié pour vous ne saurait m'égarer.
Je suis éreinté en ce moment. Nous nous installons, grosse affaire, et je travaille à Noé[117].—J'ai livré deux actes.—Il faut donner le troisième acte le 25 octobre et le quatrième et dernier acte, le 15 novembre.—Je m'y suis engagé par traité et je m'exécute. Mais, par traité aussi, j'ai fait des réserves expresses pour l'interprétation. La basse et la première chanteuse me manquent.—Je ne les vois nulle part, et si je ne les trouve pas, Noé attendra.—Du Locle est de retour depuis deux jours. Nous allons donc enfin finir quelque chose.—Voilà, cher, où en sont mes affaires... Et G., où est-il? À Paris sans doute. Demeure-t-il toujours au même endroit? Dès que j'aurai des chaises, je lui écrirai de venir nous voir.