— Et pourquoi n’êtes-vous pas venu ?

L’autre n’hésita pas :

— J’ai perdu mon beau-frère.

Le chef, du coup, leva le nez :

— Encore !…

Et l’employé, la main sur le sein gauche, protestant bruyamment de sa sincérité :

— Non, pardon, voulez-vous me permettre ? s’exclama M. de La Hourmerie.

Rageur, il avait déposé près de lui la plume d’oie qui tout à l’heure lui barrait les dents comme un mors. Il y eut un moment de silence, la brusque accalmie, grosse d’angoisse, préludant à l’exercice périlleux d’un gymnaste.

Tout à coup :

— Alors, monsieur, c’est une affaire entendue ? un parti pris de ne plus mettre les pieds ici ? A cette heure vous avez perdu votre beau-frère, comme déjà, il y a huit jours, vous aviez perdu votre tante, comme vous aviez perdu votre oncle le mois dernier, votre père à la Trinité, votre mère à Pâques !… sans préjudice, naturellement, de tous les cousins, cousines et autres parents éloignés que vous n’avez cessé de mettre en terre à raison d’un au moins la semaine ! Quel massacre ! non, mais quel massacre ! A-t-on idée d’une famille pareille ?… Et je ne parle ici, notez bien, ni de la petite sœur qui se marie deux fois l’an, ni de la grande qui accouche tous les trois mois ! — Eh bien, monsieur, en voilà assez ; que vous vous moquiez du monde, soit ! mais il y a des limites à tout, et si vous supposez que l’Administration vous donne deux mille quatre cents francs pour que vous passiez votre vie à enterrer les uns, à marier les autres ou à tenir sur les fonts baptismaux, vous vous méprenez, j’ose le dire.