— Une enquête ! cria-t-il, une enquête ! La révélation des monstrueuses turpitudes qui souillent les dessous de cette maison importe au salut de la Chose publique ! Des faits !… Et des noms !… Oui, des noms !… des noms plus encore peut-être !!! ou moins ; qu’importe ?… jetés comme autant de soufflets à la face rougissante de honte d’un Univers à jamais consterné, voilà ce qu’il faut ! Haut les cœurs ! Haut les âmes ! A moi les hommes de bonne volonté et de généreuse initiative !… Une enquête ! Une enquête ! Une enquête !
Et comme, dans un flot de rauques aboiements, Letondu vouait tout à coup à l’exécration des humains « cet ignoble La Hourmerie ! », le chef de bureau, bouleversé, frappé d’un coup de pied au creux de l’estomac, n’hésita plus :
— Allons, il faut en finir.
Un instant après il pénétrait chez le Directeur.
III
Là, c’était comme un bain de pénombre, doux et tiède, avec seulement, au loin, la tache éblouissante de la table directoriale, qu’une lampe au bedon hydropique inondait d’un flot de clarté. Une garniture Empire, aux cuivreries piquées d’étoiles, chargeait une cheminée de marbre dont les deux montants parallèles empiétaient sur le sol en griffes contractées, tandis qu’un buste de Solon, juché sur la corniche d’une bibliothèque, mirait dans le cadre d’une glace ses épaules nues, son front de penseur et l’insondable idiotie de ses yeux vides. Les vagues rougeurs de lourds et funèbres rideaux, tirés devant les fenêtres, masquaient les jardins de l’hôtel Prah en bordure sur la rue Vaneau, de l’autre côté de la chaussée.
La main tendue de loin, grande ouverte, à M. de La Hourmerie, qui se pressait, confus de tant de bonne grâce :
— Eh ! bonjour, homme de tous les zèles et de toutes les activités ! cria joyeusement M. Nègre. Dernier rempart des saines traditions, prenez une chaise et vous mettez là. Fumez-vous ?
En même temps il lui présentait une boîte pleine à demi de fines cigarettes orientales.