A celui-ci de qui la femme venait d’accoucher, c’était un secours qu’il fallait ; à celui-là, une augmentation de trois cents francs ! A Sainthomme, les palmes ! A cet autre… que sais-je ! Jusqu’à Van der Hogen, bon Dieu ! qui s’était mis à miauler avec les chacals, lui aussi, et à venir épancher dans le giron suprême ses amertumes d’homme supérieur dont on méconnaît les services.
Les services de Van der Hogen !…
Quand il en vint à Chavarax, les yeux lui jaillirent de la tête.
— Mon cher, c’est fantastique. Doué d’un de ces toupets démontants que rien ne saurait désarmer, ni les bienfaits tombant en pluie, ni les coups de pied lancés dans le derrière par centaines, Chavarax m’extirpa un jour la promesse d’une place de sous-chef pour une époque indéterminée. Cette promesse…, — je parle ici à un homme vieilli dans le sérail et qui sait à quels faux-fuyants oblige parfois la terrible lutte pour la paix…
L’homme vieilli dans le sérail eut un fin sourire édifié.
Le Directeur continua :
— … je la fis avec l’intention sous-entendue de la tenir le jour où j’en aurais le temps ; en vue surtout d’avoir le repos, de faire taire enfin un lamento odieux, sempiternellement marmotté et larmoyé à mon oreille. Fatale imprudence ! Depuis lors (et je vous parle de deux ans), Chavarax s’est érigé en cauchemar de mon existence. Armé du pseudo-engagement arraché de force à ma faiblesse, il s’en sert ainsi que d’un tromblon, et il en braque sur moi, sans trêve, la large gueule menaçante. Je suis là, assis à cette table, heureux et calme, goûtant la tendresse de l’avril revenu encore une fois. La porte s’ouvre, Chavarax paraît. Horreur ! il s’avance sur moi la main ouverte. Avec un infernal sans-gêne auquel il faut bien que je sourie, ne l’osant châtier à coups de botte, il s’affale en un fauteuil, il roule sa cigarette, l’allume, et du même ton ensemble enjoué et respectueux dont il dirait :
« Je viens chercher des ordres »,
il dit :
« Je viens chercher ma place. »