— Tiens, ma reine !

— Tiens, mon bien-aimé !

Le touchant tableau ! L’agréable spectacle !… Un tigre en eût senti ses yeux s’humecter de larmes attendries. Le conservateur en fut remué jusqu’en les fibres les plus secrètes de son âme. Il comprenait et respectait l’amour, car il en avait bu les joies, vers 1843, sur les lèvres en fleur de la conservatrice alors plus blonde que les blés. Il répugna à gâter tant de bonheur : il s’en alla comme il était venu, sans bruit, sur la pointe du pied, laissant à la douceur infinie de leur étreinte ces enfants si sages et si purs. Il pensait bien un peu : « Singulière maison !… fertile en dessous inattendus ! » Mais il en avait vu tant d’autres, qu’il commençait à s’habituer.

Et des corridors déjà vus reçurent à nouveau ce brave homme ; par la solitude cirée et solitaire d’escaliers parcourus déjà, reparut sa silhouette errante : telle, dans les histoires de revenants, on voit errer sous la lune, parmi des arceaux d’abbaye, l’ombre éplorée d’un capucin mort dans l’impénitence finale.

Qui l’eût cru ? Un succès éclatant devait pourtant couronner tant d’efforts. Comme, stationnaire sur un palier où l’avait charrié le hasard, le conservateur du musée de Vanne-en-Bresse hésitait sur ce qu’il allait faire, Chavarax vint à passer.

L’amabilité spontanée rentrait dans le programme compliqué de ce personnage.

Il s’approcha, et, d’une voix tout sucre :

— Vous demandez quelqu’un, monsieur ? questionna-t-il.

— Oui, monsieur, répondit le vieillard non sans quelque mélancolie, mais cette maison est un tel labyrinthe !… Bref, je désirerais parler à M. de La Hourmerie.

— Parfait ! fit l’employé ; c’est mon chef de bureau et je me rends justement chez lui. Si vous voulez venir avec moi…