— Décidément, s’avouait à soi-même M. Nègre, cet homme-là est trop fort pour moi.

Une pudeur le retenait encore : il arrêta au passage la phrase qui lui montait aux lèvres : « C’est fait ! Allez ! Je ne discute plus. Soyez sous-chef et fichez-moi la paix ! »

— Rien ne presse, hasarda-t-il. Laissez-moi le temps de souffler, de grâce. Vous n’êtes pas à un jour près.

Mais il n’avait pas achevé que déjà l’autre était debout. Son visage exprimait la plus vive surprise ; ses yeux hagards, promenés de muraille en muraille, semblaient y chercher un clou pour accrocher leur détresse.

— Le temps de souffler ?…

Soudain, la pièce s’emplit de cris. C’était Chavarax qui meuglait, rappelant ses états de service, le désintéressement dont il avait fait preuve, la longanimité qu’il avait déployée depuis le jour où sa foi ardente lui avait fait tout immoler sur les autels de la mère patrie.

— Tout ! Tout !… Un de ces mariages extraordinaires qu’on ne rencontre pas deux fois !… Une situation de cent mille francs par an !… La direction d’un journal réactionnaire qui est une des plus grosses affaires de Paris !…

A ces mots :

— C’est vrai ! Oui ! Vous avez raison ! hurla de douleur M. Nègre. Votre arrêté de nomination sera ce soir à la signature ; mais la paix ! la paix ! Ah ! la paix ! je l’implore de votre charité, à genoux !