Il salue et se retire. Ma tante frissonne. Tout d'un coup, je la vois pâlir, ses yeux se ferment, sa tête se renverse sur le dossier de son fauteuil. Elle se trouve mal.
--Justine! Justine!
La femme de chambre accourt avec la cuisinière et Germaine, qui vient me chercher, arrive presque au même moment. Les trois femmes prodiguent leurs soins à ma tante; elle se trouve tellement faible, en revenant à elle, qu'on se voit forcé de la porter dans sa chambre. Elle est désolée de s'être évanouie.
--Pour une fois que ce cher petit Jean vient me voir... C'est cette histoire de bûcheron, qui m'a bouleversée...
Elle tremble encore comme une feuille lorsque je lui fais mes adieux.
En sortant, Germaine, qui m'accompagne, me prie de l'attendre une seconde; elle a deux mots à dire au commandant, de la part de mon grand-père. L'officier se promène en fumant sa pipe sous les tilleuls; et j'entends sa grosse voix qui répond:
--Dites à votre maître que je ne sortirai pas. Je l'attends ici.
De quoi peut-il être question? Je vais le demander à mon grand-père. Et, aussitôt arrivé, j'ai déjà tourné le bouton de la porte de la salle à manger où le vieux se tient d'habitude, lorsque Germaine me retient par le bras.
--Il ne faut pas déranger monsieur. Il cause avec quelqu'un.
J'ai eu le temps de voir ce quelqu'un. C'est un individu qui a l'air d'un paysan, mais qui n'a pas l'air paysan. Son grand chapeau lui va trop bien, sa blouse est trop vieille, sa figure est trop blanche. Si c'était un officier de francs-tireurs? Un espion français? Si mon grand-père s'entendait avec lui? S'il lui donnait les renseignements nécessaires pour surprendre les Prussiens? Si?...