«Grande sortie de nuit a eu lieu. Maréchal Bazaine avait fait entortiller les pieds des chevaux dans linge et flanelle et rouler paille autour des roues des pièces et caissons. Prussiens complètement surpris dans leur sommeil et mis complètement en déroute. En avons fait un carnage affreux. Pris cent cinquante canons, dix drapeaux. Allemands sont dans situation la plus critique, toutes leurs communications coupées. Le maréchal, laissant seulement à Metz le nombre d'hommes nécessaires à la garde des remparts, va les poursuivre l'épée dans les reins. Avons vivres et munitions, mais manquons linge, bandes et charpie. Vive la France!»

--Enfin! s'écrie ma soeur! enfin!...

--Ils manquent de linge et de charpie, dit Mme Arnal, songeuse. Si l'on pouvait...

--C'est possible, madame, répond M. Hoffner. Très possible. A l'heure qu'il est, cette dépêche est parvenue dans toutes les villes non occupées par les Allemands et je ne doute pas que les dons de toute nature n'affluent bientôt à Metz, car les routes vont être libres, si elles ne le sont pas déjà. Mais, puisque les petits ruisseaux font des grandes rivières, si un comité de Dames se formait ici, je serais--ou plutôt nous serions, car je ne suis pas seul--en mesure de faire parvenir au maréchal les objets destinés à son armée.

--Mais comment?... demande Mme Arnal.

--Madame, je vous en supplie, ne m'interrogez pas.


Le comité est formé. Ma soeur travaille du matin au soir, comme une mercenaire. Une quantité de dames l'imitent. Mme Arnal en néglige son capitaine blessé qui commençait à se lever, pourtant.

--Enfin, que voulez-vous? dit-elle avec un soupir. Le devoir avant tout... Le devoir patriotique, bien entendu... Il y a tant de devoirs...

--Qu'on s'y perd? n'est-ce pas, demande en souriant le père Merlin qui est venu nous voir et qui a paru tout étonné de trouver le salon transformé en atelier de couture. Mais serait-il indiscret de vous demander, mesdames, pour qui toute cette lingerie?