--Oui, lampistes, déclare Müller.

Mais Hermann ajoute bien vite:

--Lampistes-tapissiers. Nous faisions le commerce des meubles.

--C'est ça même, approuve Müller; nous vendions des meubles, comme ça, de temps à autre... Et nous avons même en dépôt quelques mobiliers que des amis nous ont confiés avant leur départ. Nous tenons expressément à ne pas les laisser à Saint-Cloud; ils n'auraient qu'à être volés ou détériorés... Du moment que nos amis ont eu confiance en nous...

--Je comprends ça, dit mon père. Mais vous n'avez pas apporté vos lampes.

--Ah! oui, nos lampes, fait M. Hermann légèrement gêné. Eh bien! nous avons réfléchi; nous les laissons à Saint-Cloud. C'est si fragile! Et que voulez-vous que les Prussiens en fassent? Ah! si c'était des pendules...

Il éclate de rire et nous l'imitons. Nous n'avons justement pas d'Allemands à loger pour le moment et nous invitons les deux associés à dîner.

Ah! qu'ils n'aiment pas les Prussiens, les lampistes-tapissiers! Nous sommes à peine au rôti qu'ils ont déjà chargé Guillaume et Bismarck de plus de crimes que n'en pourrait porter le bouc émissaire. Ils nous ont prouvé, clair comme le jour, que le feu avait été mis au Château de Saint-Cloud par les troupes prussiennes. Ils ont vu, de leurs yeux vu, des soldats activer les flammes et mettre le palais à sac.

--Et encore, monsieur, s'ils se contentaient de piller les monuments impériaux ou nationaux! Mais ils s'attaquent aux propriétés particulières; ils dévalisent les maisons. Il y a huit jours, un colonel a fait expédier huit pianos en Allemagne.

--C'est ignoble, dit ma soeur.