Et j'ai vu M. Legros sortir de sa boutique, tout tremblant, portant un bol et un seau d'eau dans lequel les prisonniers ont puisé à tour de rôle.

Il me semble qu'il aurait pu donner du vin--ou au moins de l'eau rougie, de l'abondance. Maintenant, comme il a juré d'élever son coeur, il tient peut-être à garder son vin pour lui. Ça doit élever les coeurs, le vin pur.....


M. Zabulon Hoffner nous apporte les meilleures nouvelles du voyage diplomatique de M. Thiers, que nous suivons avec anxiété depuis quelque temps.

Car, il ne faut pas croire que M. Thiers est toujours la vieille crapule qu'il était lorsqu'il s'est opposé, au mois de juillet, à la déclaration de guerre. On ne parle plus de l'envoyer à Coblentz; on parle de l'envoyer au Panthéon--le plus tard possible, bien entendu.--C'est un grand homme, un citoyen illustre; ce peut être un sauveur.

M. Legros l'affirme.

--Si M. Thiers réussit, s'écrie-t-il, les Prussiens sont fichus! C'est moi qui vous le dis.

XVII

Il y a quelque temps déjà que nous n'avons vu M. Beaudrain. Nous savons qu'il est malade. Malade de peur. Le 25 octobre, jour de la sortie de la Jonchère, lorsque le canon français, se rapprochant, semblait toucher aux portes de Versailles, il a été pris d'une crise de nerfs. Il a fallu le remonter à grand'peine de sa cave où il s'était blotti et le transporter mourant dans sa chambre.

Un billet de lui nous apprend qu'il vient de quitter le lit et qu'il a obtenu des autorités prussiennes un sauf-conduit qui lui permettra de se rendre à Caen, où demeure sa famille. Il s'excuse de ne pouvoir venir nous faire ses adieux, mais il craint, s'il se promenait dans la ville, d'être victime de quelque accident. Il sait que les Allemands lui en veulent, etc., etc.