Et il ajoute:
--Si vous voulez, Barbier, nous irons jusqu'au Château. J'ai l'habitude de donner, tous les huit jours, quelque chose pour les blessés français. C'est ma femme qui veut ça. Une idée de femme. Elle voulait que je donne dix francs. Je donne cent sous. C'est assez.
--Mais, demande mon père, on vous laisse donc pénétrer dans l'ambulance du Château?
--Non, non. Seulement, je passe devant, tout près. Je fais signe à un curé--un curé français, l'abbé Chrétien--qui se trouve toujours là l'après-midi, et il vient prendre mon argent qu'il distribue entre les Français. Ah! il n'y a pas de danger qu'il en donne un sou aux Allemands! Tout pour les nôtres! On peut se fier à lui pour ça. Tout le monde le sait. Vous connaissez l'abbé Chrétien?
--Je l'ai vu. Il a une sale tête.
--Vous trouvez? C'est un bien brave homme. Et un patriote! Je ne vous dis que ça...
Nous arrivons au Château. Nous passons devant la galerie des maréchaux où est installée l'ambulance. Nous passons et nous repassons, et M. Legros, qui regarde par toutes les fenêtres, n'aperçoit pas l'abbé Chrétien.
--C'est qu'il n'est pas là... c'est qu'il n'est pas venu... Ah! voilà une soeur de charité.
Il lui fait signe. Deux minutes après, la soeur ouvre la porte et s'approche de nous. Elle a, sous la cornette, une belle figure triste et pâle.
--Ma soeur, dit le marchand de tabac, je voudrais vous remettre un peu d'argent... un peu d'argent pour les blessés... D'habitude, je donne la même somme, tous les huit jours, à l'abbé Chrétien...