--Ma tante, je vous en prie...
Je cherche des mots; je n'en trouve pas. Il faut que j'appelle quelqu'un.
--Justine!
Mais ma tante bondit dans son fauteuil et me saisit par le bras.
--N'appelle pas?... Je te défends!... Cette fille ne m'obéit plus... Elle obéit à lui. Il la paye... J'en suis sûr...
Je la regarde, stupéfait. Elle n'a point lâché mon bras; elle m'attire à elle.
--Jean, tu es grand, tu es raisonnable, tu es presque un homme. Eh! bien, écoute. Je vais te parler comme je parlerais à ton père, s'il était ici. Je vais tout te dire. Écoute-moi bien. Et, plus tard, quand je serai morte, quand on dira que je n'étais qu'une vieille gueuse, tu pourras...
Elle recommence à pleurer et, à travers ses sanglots, me raconte des choses affreuses. Depuis près d'un mois, des scènes atroces ont lieu chez elle; les Prussiens ont choisi le Pavillon pour s'y livrer à tous les excès, à toutes les orgies, à tous les outrages.
--C'est inimaginable, ce qu'ils ont fait, mon enfant. Il y a des choses que je ne voudrais dire pour rien au monde; j'ai été près d'en mourir de frayeur et de honte. Eh bien, ce que tu ne croiras pas, c'est qu'ils étaient payés pour le faire...
--Payés! ma tante; et par qui?