--Maintenant, dit le père Merlin, la France n'a plus qu'une chose à faire: c'est de chercher un nouveau Napoléon. Et tu verras qu'elle ne mettra pas longtemps pour le trouver... Il n'a pas besoin d'être en vrai. Il peut être en toc. Ça ne fait rien.
Le 5 mars, nous voyons entrer chez nous Mme Arnal appuyée au bras de son mari. M. Arnal a obtenu, lui aussi, un sauf-conduit qui lui permet de passer quarante-huit heures à Versailles.
--Dire qu'on n'a pas encore signé la paix! s'écrie Mme Arnal en frappant du pied. Quand on pense que tu es obligé de retourner à Paris, mon gros chien-chien!
Et sans se gêner, devant nous, ma foi, elle saute au cou de son mari.
--Pauvre mignonne, dit M. Arnal très ému, en se débarrassant de l'étreinte conjugale, comme tu as dû t'ennuyer! surtout dans la compagnie d'un éclopé, en tête à tête avec un malade!...
--Oh! Adolphe! Tu ne t'en fais pas une idée! Les jours, ça passait encore, mais les nuits, les nuits!... Et ces idées qu'on se fait... ces... idées... quand on n'a pas de nouvelles...
--Ah! ma foi, assure M. Arnal, je n'ai pas ri tout le temps, moi non plus. Mais, maintenant... Oh! à propos, j'avais oublié; il faut que je vous montre...
--Quoi donc? demande mon père.
M. Arnal sort de la poche de son gilet un papier plié en huit, le déplie avec soin et nous le tend, triomphant. C'est une caricature représentant un gamin de Paris brûlant du sucre, sur une pelle rouge, derrière le dos des Prussiens qui s'en vont, dans l'avenue des Champs-Elysées.