Je ris, pendant que le père Merlin me fait signe de m'asseoir.
--Mon enfant, je dois t'annoncer que mes démarches auprès de ton père ont abouti. Je suis parvenu à lui faire comprendre qu'il était dans ton intérêt d'aller passer quelque temps dans un établissement scolaire. Aussitôt que la tranquillité sera complètement rétablie, on t'enverra à Paris, dans un lycée, pour continuer tes études. Ce n'est pas gai, un collège. C'est, pour beaucoup, une prison. Ce ne sera pas gai pour toi non plus, sans doute; mais tu m'as dit toi-même que tu aimais mieux vivre entre les quatre murs d'un bâtiment noir que dans un milieu que tu exècres... Tu travailleras. Le travail fait passer le temps... fait passer bien des choses. Tu grandiras vite; et, plus tard, ma foi... plus tard, comme je n'ai pas d'enfant... comme j'ai eu le malheur de perdre mes enfants... eh! bien, nous verrons... je serai toujours là, tu sais.
Très ému, je serre les mains du vieillard.
--Quand croyez-vous qu'on rouvrira les lycées, monsieur Merlin?
--Bientôt, probablement.
C'est aussi l'opinion de M. Beaudrain. Nous venons de recevoir une lettre de lui. Il nous apprend qu'il va revenir «dans nos murs» très prochainement. Il nous explique aussi de quelle façon il a passé le temps, dans son exil. Il a fait des vers: une pièce de vers qu'il adresse à Gambetta, le coryphée de la guerre à outrance. M. Beaudrain nous laisse entendre que c'est peut-être un moyen très habile d'obtenir les palmes d'officier d'académie. Pourtant, il se trouve fort embarrassé; il n'a pas tout à fait terminé sa pièce.
«Les derniers vers, dit-il, me donnent beaucoup de mal. Je me suis arrêté à ce distique:
Tu compris...
«(Je tutoie M. Gambetta, mais c'est une chose permise en poésie. Voyez notre maître Boileau.)