Nous sommes arrivés sur la place d'Armes. Et je regarde les pièces d'artillerie prises à Paris, canons de bronze, canons d'acier, canons rayés et à âme lisse, obusiers et mitrailleuses, qu'on y a rangés symétriquement, ainsi que de glorieux trophées. A droite, l'Orangerie, où sont entassés les prisonniers; à gauche, les Grandes Écuries, où siègent les conseils de guerre qui les jugent; en face, le plateau de Satory, où on les fusille.
Mon père continue:
--La revanche! La revanche terrible, sans pitié! l'anéantissement de l'Allemagne! Que tout Français tienne le fusil! Tout pour la guerre! Tout le monde soldat! Haut les coeurs!... Voilà ce que je pense, moi; et je vous le dis comme je le pense, tout crûment. Je ne sais pas faire de phrases, moi. Je suis un bon bourgeois...
Tout à coup, il s'arrête. Là-bas, débouchant de la cour du Château, passant dans l'allée ménagée entre les canons parqués sur la place, une voiture arrive au grand trot.
--C'est Thiers! s'écrie mon père. Le vainqueur de la Commune! Le grand patriote!
Et il ajoute:
--Il faut l'acclamer.
Le coupé approche rapidement. Par la portière, j'entrevois un toupet blanc, des lunettes, une redingote marron. Mon père m'empoigne par le bras et, levant son chapeau: