Quelle vieille canaille!
V
Je viens de planter un petit drapeau tricolore sur Saarbruck.
--Si tu veux, me dit Léon, nous laisserons la carte du Théâtre de la Guerre toute ouverte sur la table du salon. Comme ça, tous ceux qui entreront ici pourront voir où nous en sommes... Si nous piquions quelques drapeaux d'avance sur la route de Berlin?
--Gardez-vous-en bien! s'écrie M. Beaudrain qui recopie sur son registre la dépêche de l'empereur à l'impératrice, que nous venons de lui apporter. Gardez-vous-en bien! La guerre nous réserve tant de surprises! Savez-vous si nous passerons par Francfort ou si nous marcherons sur Rastadt? Connaissez-vous le plan élaboré par notre état-major? Êtes-vous dans le secret des dieux?... Ah! jeunes étourneaux... Mais, dites-moi donc, êtes-vous bien sûrs d'avoir transcrit fidèlement la dépêche?... «Louis vient de recevoir le baptême du feu; il a été admirable de sang-froid et n'a nullement été impressionné...» Ça fait un pléonasme.
--Monsieur, c'était comme ça.
--Ah!... «Une division du général Frossard a pris les hauteurs qui dominent la rive gauche de Saarbruck.»... La rive..., la rive d'une ville...
--Vous êtes certains qu'il y avait: la rive?
--Oui, monsieur.
--«Nous étions en première ligne, mais les balles et les boulets tombaient à nos pieds.»