--Vous verrez ça quand nous irons au feu! s'écrie M. Legros furieux.

Monsieur Beaudrain intervient.

--Voyons, messieurs, voyons; vous ne voudriez pas, au moment où l'ennemi a les yeux sur nous, donner l'exemple de la discorde, des dissensions intestines... des... des... voyons, voyons...

M. Pion se calme et M. Legros passe sa rage sur le préfet qu'il accuse de ne pas vouloir distribuer les fusils qu'on lui expédie. C'est honteux: les hommes de sa compagnie sont obligés de faire l'exercice avec des bâtons. Ils ont un fusil à piston pour douze et une baïonnette pour six. Ce n'est vraiment pas le moyen d'encourager une population qui perd déjà confiance. Si l'administration était moins bête...

--Ne calomniez pas le gouvernement impérial, fait M. Pion, sévèrement.

--Mais, fichtre de fichtre! on prend des précautions, au moins; on ne livre pas un département sans défense aux coups de l'ennemi... Avez-vous vu cette invitation ridicule lancée à tous les pompiers de France de venir défendre la capitale?

--Je l'ai copiée hier, dit M. Beaudrain.

--Croyez-vous qu'on ne ferait pas mieux d'envoyer des armes aux paysans?

--Il est peut-être déjà trop tard, fait mon père. Si on leur donnait des armes, ils ne mettraient pas longtemps à les enterrer. Pourvu qu'on ne touche pas à ce qu'ils possèdent, ils se fichent pas mal du reste, allez.

--Vous exagérez, répond M. Legros. Mais il est certain que nos populations sont bien abattues. Et si deux régiments de Prussiens, seulement, se présentaient devant Versailles, nous n'aurions qu'à leur ouvrir les portes.