Du reste, tout est à la prussienne, cette année, tout, jusqu'aux tirs enfantins, à l'arbalète. On a remplacé les animaux par des Allemands--le marchand dit que c'est la même chose--et, lorsqu'on plante la flèche au milieu du noir, une porte s'ouvre et l'on voit le roi de Prusse sur son trône--celui où il va à pied, bien entendu.

En rentrant chez mon grand-père, je le trouve, dans le verger, causant avec mon père sous un pommier. Une discussion d'intérêt, sans doute. J'écoute sans en avoir l'air; mais leur conversation touche à sa fin; je ne puis arriver à savoir de quoi il est question.

J'examine la physionomie du bonhomme. Quelle drôle de tête! Oh! il n'est pas franc du collier, pour sûr. Deux petits yeux de cochon, en vrille, pétillant sous des sourcils en forme d'accent circonflexe; une bouche toute petite, rentrés aux coins, sans lèvres: une fente à peine perceptible dans la face glabre, couleur de brique; une mâchoire forte, carrée, qui avance et qui a l'air de vouloir se démantibuler quand il mange; un nez pointu, fouineur, aux ailes mobiles, qui fait presque carnaval avec le menton; une ride toute droite, couleur de sang, en travers du front, et, au cou, deux gros plis, pareils à des plis de soufflet de forge.

Il a le ton aigre, dur, cassant, en parlant à mon père qu'il ne désire pas froisser cependant, car en même temps il a des gestes qui veulent être bienveillants. Et, entre deux phrases cruelles que j'entends au passage: «Les affaires sont les affaires; je ne me mets jamais à la place des autres.--Dame, la sensibilité, c'est beau, mais ça mène loin;»--le vieux adoucit sa voix pour appeler son chien:

--Toutou, tou, tou...

Ça fait un drôle d'effet. On pense à du miel dans du vinaigre...


Germaine apporte un journal.

--Monsieur, le journal vient d'arriver. On dit qu'il y a des nouvelles.

Ma soeur s'empare de la feuille de papier.