--C'est un beau spectacle, répète mon père dix fois par jour, que celui de cette révolution pacifique.

--En effet, approuve M. Beaudrain; on pouvait redouter tant de violences, de désordres...

--Et contre qui, diable, aurait-on pu exercer des violences? demande en riant le père Merlin qui est venu nous voir, en passant. Pas contre la basse-cour impériale, je crois. Elle a pris sa volée assez vite pour mettre ses plumes à l'abri. Et, quant à la simple canaille bonapartiste, à moins d'aller la canarder par les soupiraux des caves où elle s'est cachée...

--Le fait est, dit généreusement M. Beaudrain, qu'on ne voit plus monsieur Pion, depuis quelques jours.

Le père Merlin sourit.

--Il aura trouvé, dit mon père, que l'écho manque ici lorsqu'il pousse ses cris de: «Vive l'Empereur!»

--Ah! bah! fait le père Merlin, très étonné. Il me semble pourtant que vous ne vous entendiez pas mal, ces jours derniers. Je traversais la rue, l'autre jour, juste comme vous poussiez en choeur un hurrah en l'honneur de son ex-majesté; je crois même avoir reconnu la jolie voix de mademoiselle--ainsi, d'ailleurs, que celle de messire Jean.

Je baisse la tête, tout confus; c'est vrai, j'ai crié: «Vive l'Empereur»! C'est honteux. Louise, par bonheur, trouve une excuse.

--Nous avons eu confiance en lui jusqu'à Sedan.

--Oui, jusqu'à Sedan, appuie mon père. Sedan nous a ouvert les yeux. Mais vous savez bien, monsieur Merlin, que je n'ai jamais été ce qu'on appelle un césarien.