Et mon père, dans une attitude de faiseur de poids, les jambes écartées, le bras droit tendu, semble menacer M. Pion, appuyé au mur, les mains dans ses poches. C'est à M. Pion qu'on en veut. Pourquoi? Je ne l'ai pas vu à la maison depuis quelque temps. Qu'a-t-il fait? Pourquoi est-il pâle comme ça, si pâle qu'on dirait qu'il a la colique? Je me glisse derrière le canapé.

--Réellement, monsieur Pion, vous me scandalisez! s'écrie M. Beaudrain. Oser prétendre que Badinguet...

--Voulez-vous dire l'Empereur, nom de nom?... rugit M. Pion.

--Badinguet! Badinguet! hurle le marchand de tabac.

--... oser prétendre que l'ex-Empereur, continue le professeur en hochant la tête, ne s'est rendu à Sedan que pour sauver son armée!

--Oui, oui! je le soutiens; et il a bien fait. Vous entendez? il a bien fait!

--C'est infâme! crie mon père.

--C'est votre sale République qui est infâme! Rien n'était perdu si le gouvernement impérial était resté debout. Avec votre République, vous allez voir... Quelque chose de propre, votre Marianne!

--Espèce de Prussien!

--Badingueusard!