—Qui est-ce qui se moque de vous, caporal? demande Hominard. Est-ce pour moi que vous dites ça, par hasard?

—Pour vous, pour Froissard et pour Queslier. Je ne veux pas que vous marchiez en avant, comme vous venez de le faire. Nous n'aurions qu'à rencontrer un officier, sur la route... Je ne suis pas méchant, mais je n'aime pas qu'on ait l'air d'en avoir deux...

Pour toute réponse, Hominard tire sa pipe de sa poche et la bourre tranquillement. Il se retourne pour me demander une allumette; mais il reste le bras tendu, fixant les yeux sur la colline le long de laquelle serpente la route et que nous allons grimper tout à l'heure.

—Tiens, regarde donc là-haut?

—Eh! c'est le tombereau d'El-Ksob, dit Queslier, dont la vue perçante a reconnu l'attelage du génie. Et je parie que c'est l'Amiral qui le conduit... oui... oui... c'est bien lui. Il va au moins chercher quelque chose à Aïn-Halib.

—Ma foi, tant mieux; il pourra nous donner quelques renseignements sur El-Ksob.

Et je m'avance sur la route. Le tombereau descend lentement la côte. Au-dessus des ridelles on voit s'élever quelque chose qui ressemble à une perche... Tiens, c'est un fusil avec la baïonnette enfoncée dans le fourreau, au bout.

—Ohé! l'Amiral!

L'Amiral esquisse un geste vague, mais ne répond pas. Il est accompagné par un sergent dans lequel je reconnais cet infâme Craponi qui avait attaché Palet à la queue d'un mulet.

—C'est cette rosse de Craponi qui lui défend de nous répondre, murmure Queslier. Mais qu'est-ce qu'il a donc dans sa voiture?