Nous empoignons nos fusils et nous sortons du camp à la queue leu-leu. Le capitaine, qui cause sur sa porte avec les chaouchs, nous aperçoit.
—Halte-là! où allez-vous?
—Nous allons à Boufsa, porter une lettre pressée au général, répond le Crocodile.
Le capitaine devient tout pâle.
—Rentrez dans le camp! Je vous défends de faire un pas de plus!
Pour toute réponse, nous nous remettons en marche. D'un bond, Mafeugnat rentre chez lui et sort avec un revolver à la main. Il lève le bras.
—Si vous ne vous arrêtez pas, je fais feu!
Nous sommes à dix pas de lui et il met en joue le Crocodile. Tous ensemble, nous prenons à la main nos fusils chargés pendant que les chaouchs, Fleur-de-Gourde en tête, se précipitent dans leur cahute sous prétexte de chercher leurs armes.
—Allons, va donc raccrocher ton crucifix à ressort, dit Acajou au capitaine, tu vois bien qu'il ne nous fait pas peur. C'est des noyaux de cerises qu'il y a dedans.
Mafeugnat est vert de rage. Il murmure, d'une voix brisée par la colère: