Pendant un mois, les chaouchs m'ont cherché de toutes les façons sans arriver à aucun résultat, malgré leur méchanceté hypocrite. J'étais sûr de moi, certain d'aller jusqu'au bout, sans plier. Et je répétais la phrase lamentable du soldat martyrisé par ses chefs: «Ils auront la graisse, mais pas la peau.»

Un soir, mon pied a tourné sur un caillou. Le lendemain matin j'avais la cheville gonflée et je pouvais à peine me tenir debout. J'ai vu qu'il me serait impossible de faire le peloton.

—Va montrer ton pied au sergent, m'a dit un camarade. Comme il n'y a pas de médecin ici, il sera forcé de te faire remonter à Aïn-Halib et, pendant qu'on te soignera, tu seras mieux qu'ici, en prison.

Je monte clopin-clopant jusqu'à la baraque des chaouchs.

—Qu'est-ce que vous voulez? vient me demander Craponi qui, étonné de me voir là, fait deux pas au-delà du seuil.

—Sergent, je me suis foulé le pied et je viens vous demander...

—Attendez-moi là un moment.

Il est rentré dans la maison, et en est sorti deux minutes après.

—Qu'est-ce que vous dites que vous avez?

—J'ai le pied foulé, sergent, et je voudrais monter à Aïn-Halib, pour me présenter devant le major, avec le convoi qui part aujourd'hui.