—Mais l'accusation portée contre moi est un infâme mensonge! C'est faux!

J'entends la voix blanche du Corse qui répond: «C'est vrai!»

Et je sens que le Corse aura raison, toujours raison, et que mon témoignage à moi, Camisard revêtu de la capote grise, ne pèse pas plus, devant l'affirmation du galonné, qu'une plume devant un coup de vent... C'est à se briser la tête contre les murs!

Perdu!... Je me redis ce mot tout le long des vingt-cinq kilomètres que j'ai à faire, les mains attachées, pour arriver à Aïn-Halib.

Perdu!... Je me le redis encore quand, le soir, on m'a mis les fers aux pieds et aux mains et qu'on m'a jeté dans le coin du ravin où l'on relègue les hommes en prévention.

Dix ans de travaux publics! Ah! mieux vaudrait la mort, mille fois!... La mort... Et je me souviens de la réponse de Queslier, un jour où nous parlions du conseil de guerre: «Si jamais, par malheur, ils m'y faisaient passer, ce n'est ni à cinq ans ni à dix ans de prison qu'ils me condamneraient.» Et je vois son geste rapide mettant en joue un chaouch.

—Est-ce un cadenas anglais que tu as à tes fers? murmure une voix qui sort du tombeau voisin du mien.

Je me retourne, tant bien que mal, et j'aperçois sous la toile relevée la moitié d'un visage qui ne m'est pas connu.

—Oui, c'est un cadenas anglais. Pourquoi?

—Parce que j'ai une fausse clef que je me suis faite avec un morceau de fil de fer. Tu ne me connais pas, mais moi, je te connais, ou plutôt j'ai entendu parler de toi. Je vais aller te détacher.