—Ah! il n'en manque pas de ce gibier-là! s'écrie le sous-officier en ricanant. Et, s'adressant à moi:

—Allons, ouvrez votre sac.

J'ouvre le sac à distribution que j'ai apporté et j'en tire mes effets de linge et chaussures. Il examine le tout au fur et à mesure, minutieusement.

—Vous n'avez pas d'argent sur vous?

—Non.

—Vous ne pouvez pas dire: Non, sergent? Où avez-vous donc appris la politesse, bougre de cochon? Déshabillez-vous.

Je me déshabille et il palpe mes habits scrupuleusement, froissant le col de la chemise et la ceinture du pantalon, fourrant les mains dans mes souliers. Il me fait ouvrir la bouche et cracher par terre. Il regarde s'il ne tombe pas des pièces de cent sous.

—C'est bon. Si jamais l'on trouve sur vous de l'argent, du tabac ou d'autres choses défendues, gare à vous.—Venez avec moi.

Je le suis, en chemise, mes effets sous le bras. Il me fait entrer dans une baraque dont la porte est surmontée d'un écriteau portant ces mots: «Magasin d'habillement». Tout le long des murs courent des rayons chargés d'uniformes, de linge, de gros paquets enveloppés de papier gris; au plafond sont suspendus des sacs, des ceinturons, des ustensiles de campement.

—Encore un! hurle un sous-officier qui, tout au fond, écrit sur un gros registre. On n'en finit jamais avec ces salauds-là. Flanquez-moi vos affaires dans un coin. Ça a l'air encore joliment propre, tout ça! Plein de poux, au moins... Arrivez ici, nom de Dieu!