—Mets ton sac, prends ton fusil et viens avec nous.

—Où ça?

—Viens toujours.

Ils sont une douzaine au moins qui, afin d'échapper aux vexations de la veille, partent en avant pour faire l'étape isolément. D'autres groupes sont déjà partis, paraît-il.

—Tu comprends, me dit Barnoux, une fois dans la montagne—et nous y serons avant deux heures—nous nous cachons dans un ravin et nous laissons passer la compagnie. Après quoi, nous nous remettrons en marche tranquillement, et nous arriverons à Sidi-Ahmed, où nous devons coucher ce soir, une demi-heure après les autres. D'ailleurs, sois tranquille, nous ne serons pas les seuls traînards. L'étape, aujourd'hui, a plus de quarante kilomètres.

Il faisait à peine jour que nous commencions à gravir les premières côtes de la montagne et, au lever du soleil, nous étions étendus derrière de gros rochers qui bordent la route.

—Si nous cassions la croûte? demandent le Crocodile et Acajou.

Et ils débouclent leurs musettes qui sont bourrées de dattes. L'Amiral ouvre son sac et en tire un litre d'absinthe. Je demande à Barnoux d'où proviennent ces provisions.

—Les dattes ont été achetées à des Arabes, mon cher, et l'absinthe à un mercanti de Gabès. Du reste, il y en a encore. N'est-ce pas, Queslier?

—Parbleu! J'en ai deux litres dans mon sac.