— Tu sais donc l'anglais? demande Canonnier.
— Assez bien, père. Je lis couramment les auteurs britanniques; je crois même que s'ils ne faisaient jamais de citations françaises, je les comprendrais encore plus facilement.
— Ta mère ne m'avait jamais dit, je crois, que l'on t'enseignait les langues vivantes au couvent.
— Oh! j'ai appris toute seule. Au couvent, c'était très gentil.
Les soeurs venaient nous réveiller le matin en criant: Vive Jésus!
Nous répondions: Vive Jésus! les yeux encore mi-clos, et ça
continuait toute la journée à peu près sur le même ton.
Canonnier fait la grimace.
— L'instruction est une belle chose, dit-il.
— Oui, répond Hélène. L'instruction qu'on donne aux jeunes personnes, surtout. Elle les met merveilleusement en garde contre toutes les tentations du monde. Cependant, il n'y a pas de système infaillible… Ainsi, une de mes amies de couvent, qui s'était mariée à dix-huit ans, vient de faire parler d'elle d'une façon désagréable; son mari demande le divorce. Il faut qu'elle ait cédé à des entraînements… Certains hommes manquent tellement de sens moral, parait-il!… Et, même dans la nature, on voit malheureusement ces choses-là; car le coucou annexe le nid du voisin. C'est un bien vilain oiseau. Mais il a l'air de se vanter si joyeusement à vous de son infamie, quand on se promène dans les bois…
— Pendant que le loup n'y est pas.
— Le loup n'y est jamais, dit Canonnier; il est dans la bergerie, en train de se faire tondre par les moutons.
— Tu sembles bien misanthrope, père; mais tu as certainement vu le monde autrement que moi. Moi, je n'ai jamais connu que de beaux caractères.