— C'est vraiment bien curieux, dit l'abbé quand j'ai fini. Ce pauvre Delpich! Enfin… Fortuna vitrea… Sa mésaventure ne m'a causé aucun préjudice mais a dérangé certains de mes plans. Il faudra même que j'aille en Belgique d'ici quatre ou cinq jours… Vous avez dû faire une bonne affaire, ce soir-là; je ne parle pas de la femme, qui est charmante, mais… À propos d'argent, vous doutez-vous de ce que sera le testament de votre oncle?

— Tout à fait. C'est moi qui l'ai rédigé, de sa plus belle écriture.

— J'en étais sûr, dit l'abbé. Je le voyais dans votre poche, à travers l'étoffe de votre redingote. Avez-vous pensé à tout? La part à réserver à Mlle Charlotte, par exemple, si l'on vient à retrouver ses traces?

— Hélas! dis-je, on ne les retrouvera jamais, ses traces. J'ai fait faire toutes les recherches possibles, et sans résultat. Ma conviction est qu'elle est morte, voyez-vous. Mais si, par bonheur, je me trompais…

— Ne m'en dites pas davantage. Je sais bien que vous lui rendriez toute la fortune de son père; et je crois aussi que vous la garderiez, elle, n'est-ce pas? C'était une femme.

— Oui. Une vraie femme. Ah! si vous saviez ce que j'ai souffert, quand j'ai vu que je l'avais perdue! Et dire que la vieille canaille qui crève là…

— Bah! dit l'abbé, le diable est en train de lui tirer les pieds, à votre oncle. Laissez-le faire sa besogne… En somme, le papier que vous avez préparé n'a d'autre raison d'être que de supprimer tout testament antérieur et d'aplanir toute difficulté. En attendant, vous aurez à payer les frais des obsèques…

— Ils ne seront pas fort élevés. Mon oncle demande à être conduit au champ de repos dans le corbillard des pauvres.

— Bel exemple d'humilité! dit l'abbé en riant. Sa résolution sera fort commentée, n'en doutez pas, et vous épargnera quelques billets de banque. Et pour amuser la paroisse, le service sera de dernière classe, n'est-ce pas?

— La paroisse? Vous plaisantez. Un enterrement civil, s'il vous plaît.