— Bon. Nous avons encore dix minutes à nous; il nous en faux cinq tout au plus pour aller à notre rendez-vous. Je mets ces dix minutes à profit. Voulez-vous me prêter vingt mille francs?

— Très volontiers.

— J'ai l'intention, voyez-vous, de tenter quelque chose du côté du
Congo. J'ai une idée…

— Vous ne croyez donc plus aux ports de mer?

— Si; mais la question n'est pas mûre; les Belges y viendront, n'en doutez pas, et je crois même qu'après avoir creusé des bassins dans toutes leurs villes ils feront la conquête de la Suisse, pour créer un port à La-Chaux-de-Fonds; seulement, il faut attendre. Ah! si vous vouliez marcher avec moi, nous serions des précurseurs…

— Je regrette de ne le pouvoir, dis-je; mais je ne veux pas me mêler d'affaires. Pourtant, je suis très heureux de vous être utile, car vous m'avez rendu service.

— En m'occupant de la négociation des titres et des bijoux dont vous avez soulagé cette bonne vieille dame? C'était si naturel! Je regrette seulement de n'en avoir pu tirer que cent trente mille francs. Mais vous verrez vous-même, avant peu, combien nous sommes exploités.

— Je n'en serai pas surpris. Voulez-vous que je vous donne un chèque ce soir?

— Non, répond Issacar; vous m'enverrez ces vingt mille francs de
Londres, après-demain matin, en bank-notes anglaises.

— Après-demain matin! Mais je ne serai pas à Londres…