La troisième fenêtre n'est pas là; elle me semble même diablement loin. Ce n'est pas commode, de marcher sur les toits: le terrain n'est pas accidenté, c'est vrai, mais il est glissant; et si l'on glisse — quel saut! — Nous nous cramponnons de notre mieux à toutes les saillies, nous dépassons la seconde fenêtre et nous touchons à la troisième. Nous y voilà. Nous empoignons nerveusement la barre d'appui. Roger-la-Honte, qui a sorti de sa poche une boule de poix, l'applique sur un carreau, fait grincer un diamant tout autour et, par le trou circulaire pratiqué dans la vitre, passe sa main à l'intérieur et fait jouer l'espagnolette. Deux secondes après, nous sommes dans une chambre que les rayons de la lune nous font voir encombrée de malles, de caisses et de cartons.

— Une chambre de débarras, dit Roger en allumant sa lanterne sourde; je le pensais bien. Pourvu que la porte ne soit pas fermée du dehors! Non, la clef est à l'intérieur. Ça va bien; nous n'aurons pas à faire de bruit.

Il s'assied sur une caisse et me fait signe de l'imiter.

— Écoute-moi bien, me murmure-t-il à l'oreille. Nous allons descendre; moi, je m'arrêterai au troisième étage; toi, tu continueras jusqu'au rez-de-chaussée avec la lanterne; tu tireras tout doucement les trois gros verrous que l'industriel pousse tous les soirs avant de se coucher et tu t'assureras que la porte d'entrée peut s'ouvrir facilement. En cas d'alerte, nous n'aurons qu'à nous précipiter dans l'escalier, à nous jeter dans la rue et à nous diriger vers ton hôtel, rue des Augustins. Quand tu auras fait ce que je te dis, tu viendras me retrouver. Allons.

J'ai tiré les trois gros verrous, je suis sûr qu'il suffit de tourner un bouton pour ouvrir la porte, et je remonte au troisième étage.

— C'est bien, dit Roger. Nous allons commencer. Une porte à deux battants à un cabinet! Faut-il être bête! Rien de plus facile à forcer… Et pas même de serrure de sûreté…

Du bec d'une pince qu'il a introduite entre les vantaux, il cherche l'endroit favorable à la pesée. Il le trouve, il enfonce sa pince, la tire à lui de toute sa force… et un craquement formidable me semble faire trembler la maison.

— Ça y est, murmure Roger, qui pose un doigt sur ses lèvres.

Et nous restons là, immobiles, aux aguets, l'oreille tendue pour épier le moindre bruit. Mais rien ne bouge dans la maison. Roger pousse la porte dont la serrure pend à une vis, et nous entrons dans le cabinet.

— Quel fracas tu as fait! dis-je à Roger-la-Honte, qui sourit.