—Revenons par ici, dit mon oncle, après avoir jeté un regard devant lui. Et il indique un chemin qui descend, à gauche, après avoir contourné un massif d'arbres.

Au pied d'un de ces arbres, un colporteur est assis sur l'herbe, sa balle à côté de lui; il mange un morceau de pain et lève les yeux sur nous comme nous passons. Son regard croise celui de mon oncle, qui tressaille et s'arrête une seconde. Cependant il se remet en marche; et il a fait deux ou trois pas lorsque son nom, prononcé d'une voix sourde, le force à se retourner tout d'un coup. Le colporteur s'est levé et s'approche.

—Falke!

—Holzung! C'est vous?

Le colporteur est tout près de mon oncle, à quelques pas de moi, et je ne puis entendre ce qu'il lui dit. Il parle pendant quelques minutes; pas en français, je crois; puis mon oncle vient me rejoindre. Sa figure a une expression singulière; et je sens que sa main, qui prend la mienne, tremble très fort.

—Connais-tu cet homme, mon oncle?

—Non, non... c'est-à-dire... non, dit mon oncle, en rougissant un peu. Il croyait me reconnaître... il s'est trompé. Malgré tout, ne parle pas de cela à la maison.

Je n'en parlerai pas, certainement. Mais je n'oublierai pas non plus le nom de l'homme: Holzung.

Des officiers passent sur la route, à cheval, chamarrés d'or.

—Toi aussi, tu seras officier, me dit mon oncle. C'est une profession qui a sa noblesse, quoi qu'on en dise; mais à condition qu'on recherche moins les avantages qu'elle peut rapporter que la satisfaction de servir bien sa patrie. Et la patrie exige de nous non seulement des actions dangereuses et éclatantes, mais aussi des actes plus périlleux encore et sans gloire—sans gloire...