Raubvogel.—Mon commandant, je voulais vous laisser le temps de prendre des informations sur mon compte.
Mon père.—Vraiment! Et ces informations, croyez-vous que je les possède actuellement, et complètes?
Raubvogel.—Si vous ne les possédiez pas, le service des renseignements du ministère ne vaudrait pas grand chose.
Mon père.—Hum!... Vous prétendez donc être le fils d'un M. Gustave Raubvogel qui épousa la soeur de feu M. Ludwig von Falke, et qui était, lui-même, le frère du sieur Isidore Raubvogel, de son vivant propriétaire de l'hôtel des Trois Cigognes à Mulhouse?
Raubvogel.—C'est ma prétention.
Mon père.—Comme vous ne pouvez établir cette assertion sur aucune base sérieuse, vous avez pensé que l'appui de parents bien cotés, qui contresigneraient vos allégations, vous serait fort utile, et pourrait vous permettre, sinon d'établir définitivement vos droits, au moins de gagner beaucoup de temps, et de décourager les oppositions qui se sont produites à votre entrée en possession de l'héritage de celui que vous appelez votre oncle.
Raubvogel.—Oh! Après sa mort ça ne peut pas le gêner... ça ne peut pas le gêner, le pauvre cher oncle, qu'on vienne révoquer en doute les liens de parenté qui nous unissaient.
Mon père.—Eh! bien, je ne veux pas vous laisser plus longtemps dans l'indécision; je vais vous dire quelle résolution nous avons prise après mûres délibérations. Comme homme, vous êtes certes loin de nous déplaire. Nous savons que, légalement, on n'a rien à vous reprocher. Au point de vue de la morale stricte, je... nous... de la conscience... je dois dire...
Raubvogel.—Rien de plus vrai. Mon opinion, à ce sujet, concorde avec la vôtre.
Mon père.—En tous cas, nous ne doutons point que vous ne compreniez que la famille est une chose sacrée. C'est une union... c'est-à-dire c'est une alliance... ou plutôt une institution providentielle. Nous avons donc décidé de vous reconnaître comme membre de notre famille, et de vous considérer, à tous les points de vue, comme notre parent. Il est bien entendu que vous ne devez pas oublier que la famille, ainsi que je vous le disais, est une union des coeurs et une institution divine...