L'homme trottinait à mes côtés et ne cessait de parler. Sa voix fripée conservait, grâce au zézaiement sans doute, des sonorités puériles et tendres. Il me regardait souvent et comme il est petit, son regard s'élevait pour m'atteindre: l'oeil unique jetait alors une clarté humide et suppliante qui me serrait le coeur.
Nous atteignîmes la rue des Halles, dont toutes les maisons semblent imprégnées d'une immonde odeur de choux gâtés. Mon compagnon s'arrêta devant une porte cochère.
--Je vais, dit-il, vous montrer le chemin, puisque vous n'êtes jamais venu.
Il y avait une cour, encombrée de voitures à bras, de caisses et d'objets sans nom; puis il y avait un escalier si noir et si puant qu'il semblait percé à même un bloc de crasse.
Au premier étage, mon compagnon, essoufflé déjà, empoigna un bouton de porte.
--C'est là. Entrons vite, et pas trop de bruit à cause du macaque.
Nous entrâmes. Imaginez une grande salle éclairée par trois fenêtres aux vitres troubles et larmoyantes. Une salle d'école, mais pour de vieux écoliers, pour de pitoyables fantômes d'écoliers.
Imaginez que, sur une classe de bambins, cinquante années de misère, de maladie, de privations, de déboires se soient abattues, brusquement, comme un orage, et voilà l'agence Barouin au travail.
Un silence limoneux, fait de murmures étouffés, de toux, de respirations asthmatiques et d'un remuement de chaussures sur le plancher mouillé.
Aux murs pisseux, rien que le ruissellement des eaux produites par la condensation de toutes les haleines.