Je baissais la tête; je n'étais pas fier. Toutes ces choses laides que je ne peux pas ne pas voir en mon ami, ce n'est pas en lui qu'elles sont; c'est en moi, en moi seul.
XVIII
Pendant le mois de décembre, Marguerite eut une angine. Dix jours de suite, elle demeura chez elle, au lit. Ma mère lui portait du bouillon, des tisanes, des drogues.
L'ordre de la maison se trouva profondément troublé. La malade, les deux ménages, la cuisine accablaient maman de soins. Elle trouvait encore le temps de coudre, mais en prenant sur son repos. Nous mangions côte à côte, à la hâte, et il me semblait qu'un vide considérable béait entre nous.
C'est ainsi, pourtant, que nous avions vécu pendant de longues années; deux mois d'habitudes nouvelles suffisaient donc à jeter en désuétude des coutumes vieilles comme ma vie.
Je cherchais à me rendre utile et j'avais cet empressement falot que montrent les hommes au milieu des troubles domestiques. J'errais de pièce en pièce, m'asseyant sur tous les sièges, m'adossant à tous les meubles, ouvrant et fermant les portes, déplaçant sans raison les objets. Ma mère, de temps à autre, remontait ses lunettes avec l'ongle de l'index et me regardait. Encore que son regard fût calme et tout à fait naturel, je me sentais rougir et je détournais la tête, affectant quelque occupation dont mon coeur se désintéressait aussitôt.
Quand ma mère, un bol fumant entre les doigts, passait chez Marguerite, qui, je vous l'ai dit, occupe une chambre voisine de notre logement, j'allais jusque sur le palier et, là, calant du pied la porte, j'attendais, me rongeant les ongles.
Maman revenait et disait:
--Elle va mieux.
Je répondais: