Ah! Mère, mère, comme vous m'aimez! Comme vous me connaissez bien! Comme vous me comprenez mal!
Je l'ai laissée parler. Elle secouait affectueusement mes mains qui retombaient inertes. Quand elle me pressait de questions, je hochais la tête sans répondre.
On a sonné, ce qui m'a délivré. Marguerite est entrée. Aussitôt, j'ai saisi mes vêtements et je suis parti, très vite, en regardant au passage avec une espèce de ressentiment cette jeune femme qui songe à rendre heureux un homme tel que moi.
Il y a de cela plus de quarante-huit heures. Je ne suis pas retourné à la maison. Je n'y retournerai pas; je ne peux plus.
J'ai écrit à maman une lettre qui n'explique rien. Le moyen d'expliquer des choses pareilles! «Mère, lui ai-je écrit, tu ne sais pas quel homme je suis. Ne me demande pas de revenir auprès de toi. Ne me demande pas d'être heureux.» Et mille autres sottises semblables qui ont dû la mettre au supplice sans l'éclaircir de rien.
Depuis bientôt trois jours, je vogue dans Paris sans but, sans refuge. Je suis calme, mais bien malheureux.
Je ne cherche pas à mourir. Je ne suis pas encore prêt à mourir.
J'ai de l'argent pour deux jours. Après je ferai de menus travaux, afin de manger.
N'allez pas me parler de ces deux femmes, qui doivent, en ce moment, coudre côte à côte, dans la salle à manger. Que pensent-elles? Que disent-elles? Ne m'en parlez pas: je n'y ai que trop songé depuis trois jours.
Le hasard m'a conduit, ce soir, dans ce bar où j'ai eu la chance de vous rencontrer. J'ai très peu bu; vous l'avez sûrement remarqué. Je me serais bien enivré, mais j'ai l'estomac si malade.