Alors, indifférente à la douleur, opiniâtrée dans son dévouement, Blandine se mit à chanter l'_Ave Maris Stella, _un des cantiques du mois de mai. Puis, sous les coups qui continuaient à pleuvoir sur elle, l'enfant se suggéra le bruit sec du van sur le genou d'Ariaan. Défaillante, mais moralement, inébranlable, elle mêlait les deux chants, le cantique religieux et la villanelle du manoeuvre; et, fermant les yeux, elle confondit en un souvenir fanatique les fumées de l'encens et la poussière s'élevant au- dessus du van, les parfums de l'église et la sueur du rustre:

Van!… Vanne!… Vanvarla! Balle!… Vole! Vanci! Vanla! Vanne!… Ave!… Maris!… Stella!

La voyant tout en sang, la forcenée la traîna dans l'auge à porcs, l'y enferma, et lui fit apporter par l'un des enfants une cruche d'eau et un quignon de pain. Le lendemain, la maraîchère tenta de revenir à la charge, mais elle eût succombé elle-même avant de tirer de Blandine ce qu'elle voulait savoir.

De guerre lasse, la vertueuse paysanne fit entreprendre sa fille par le curé.

Celui-ci fut paterne et patelin:

— Qu'est-ce à dire, petite Blandine, me faut-il croire ce que raconte votre digne mère? On fait la méchante tête!… On se révolte. Après avoir fauté on refuse de dire son complice… Ah, c'est mal, bien mal cela!

— Mon père, j'ai avoué ma faute à ma mère et suis prête à vous la confesser, mais la délation me répugne…

— Tout beau, ma fille! Comme nous nous exaltons! Et si moi, votre pasteur, j'estimais qu'il vous faut nous livrer le nom de ce malfaiteur…

— Je refuserais tout de même, monsieur le curé.

Et comme le prêtre, interloqué par cette insubordination, lui lançait un regard dur, Blandine éclata en sanglots: