— Oh! ne vous fâchez pas, monsieur Henry, fit-elle, toute meurtrie par ce ton dur et ce regard de proscription; je ne suis, je le sais, que votre humble servante, mais je vous aime toujours, poursuivait-elle en pleurant, je vous suis toute dévouée. Je ne voudrais vous contrarier en rien… mais votre réputation, votre nom illustre, me sont plus chers et sacrés que ma propre conscience… C'est mon grand amour seul qui me dicte mes paroles. Ah Henry, si vous saviez!…
Et les sanglots l'empêchèrent de continuer.
— Blandine, dit avec plus de douceur le Dykgrave, compatissant à cette douleur, que vous prend-il? Encore une fois, je ne vous comprends point… Expliquez-vous, enfin…
— Eh bien, monsieur le comte, non seulement les gens du village se moquent de votre étrange affection pour ce petit pâtre, mais d'aucuns vont jusqu'à prétendre que vous le détournez de ses devoirs envers les siens… Et que n'invente-t-on encore! Bref, tout le monde voit d'un mauvais oeil que vous choyiez ainsi un misérable petit vacher…
— Et vous-même, n'avez-vous point gardé les vaches! Que vous voilà fière! dit cruellement le Dykgrave.
— Je suis fière de vous appartenir, monsieur le comte; puis, la comtesse…
Blandine hésita.
— Ma grand'mère? interrogea le comte.
— Votre sainte aïeule, ma protectrice, m'a élevée jusqu'à vous, mais elle m'apprit surtout à vous aimer! ajouta-t-elle avec une déchirante flexion de voix qui fit se contracter le coeur de Kehlmark.
— Eh oui, je le sais bien, ma pauvre Blandine! moi aussi, je t'affectionne et je me fie complètement à toi!… C'est pourquoi je suis étonné de te voir pactiser avec les envieux et les malveillants…