Et il voulut passer outre, presser le pas.

— Tarare! On t'attendra encore! Tu vas retourner avec nous au village; tu nous feras danser toutes; et ensuite, pour la reconduite, tu choisiras l'une de nous, avec qui tu te comporteras selon la loi des honnêtes gens de Smaragdis…! Montre que tu es un digne Govaertz!

Il continuait à se défendre; elles le harcelaient, excitées par
Claudie:

— Oui, oui, il faut qu'il y passe! Il paiera son tribut comme les autres! À chacun son devoir, à chacune son dû! Sus au récalcitrant! Ton patron attendra bien. Une heure de plus ou de moins ne fait rien à l'affaire!…

Il se débattait non sans impatience rageuse, effarouché; mais elles étaient solides, se piquaient au jeu. Plus il rechignait, plus elles se torchaient de lui.

— Hardi, mes filles! À l'assaut mes gaillardes! N'y aura-t-il personne pour faire danser ce grand nicaise!

Dans le conflit elles flairaient le mâle séveux et cambré, et son haleine précipitée par ses efforts le leur rendait plus savoureux et plus appétissant encore. Elles le bafouaient en le caressant; le tâtaient, l'empoignaient au hasard, qui par un bras, qui par une jambe; l'une lui faisant une ceinture, l'autre un collier de ses bras; mais il se débattait ferme à présent; se trémoussait pour de bon, et aurait même fini par leur échapper malgré leur acharnement.

Mais cette évasion eût fait encore moins le compte de Claudie que le leur. La résistance du jeune homme l'édifiait complètement sur sa froideur à l'égard de la femme. Landrillon n'avait rien inventé. En elle une jalousie terrible se donnait les apparences d'un vertueux mépris.

— Il se rendra! Faut qu'il se rende! hurlait-elle. S'il ne veut être à l'une de vous, il sera à toutes!

— À la rescousse, Landrillon! appela-t-elle, car, en prévision d'une lutte inégale où elles auraient eu à faire à trop forte partie, elle avait aposté son complice dans les taillis de l'accotement. Un coup de main, Landrillon!