— Ils s'aimaient bien! murmura Kehlmark comme s'il eût dit amen. Et il entraîna plus loin sa compagne. Comme elle constatait naïvement la profusion de statues et d'académies d'hommes parmi les tableaux et les marbres: «En effet, ce sont des machines comme il s'en trouve à Upperzyde et dans d'autres musées!… Cela meuble! Faute de modèles je travaille d'après cela!» répliqua Kehlmark, et cette fois d'un ton indifférent, contrefaisant, aurait-on dit, les intonations profanes de ceux qu'il pilotait.

Moquait-il ses invités ou se surveillait-il lui-même?

Selon la mode villageoise, on s'était mis à table à midi.

Il était neuf heures et le soir tombait.

Tout à coup on entendit sonner et ronfler des cuivres.

Des torches se rapprochèrent avec des rythmes de sérénades foraines et projetèrent, dans la pénombre des salons, un rougeoiement d'aurore boréale.

III

— Qu'est cela? une trahison, un guet-apens! se récria Kehlmark en prenant un air intrigué.

— Nos jeunes gens de la Ghilde de Sainte-Cécile, notre «harmonie», qui viennent vous souhaiter la bienvenue, monsieur le comte! annonça cérémonieusement le fermier des Pèlerins.

Les yeux de Kehlmark brillèrent d'un feu oblique: «Une autre fois, je vous montrerai mon atelier… Allons les recevoir!» dit-il, en rebroussant chemin et en se hâtant de descendre l'escalier d'honneur, heureux, semblait-il, de cette diversion contre laquelle pestait intérieurement la rusée Claudie.