—Vous rougissiez en me racontant ce rêve, comme vous rougissez à présent à ce seul souvenir! ajouta le comtesse. Mais j'ignore encore à quelle époque et en quel lieu ce rêve vous visita?
Ah! combien le jeune paysan regrettait sa confidence! Que n'était-il en ce moment à dix pieds sous terre. Il ne savait que conclure de ce bizarre entretien. Tout ce qu'il entendait était nouveau pour ses oreilles. Sa peur instinctive augmentait et pourtant une ineffable langueur se mêlait à cet effroi.
Il essaya de faire diversion à ces influences troublantes. Il se leva pour partir, en bredouillant une excuse; la seconde messe devait être finie et les Xavériens de Santhoven attendaient sans doute leur porte-drapeau pour se reformer en bon ordre.
La comtesse n'hésita pas à le retenir par la main et il y avait un si impérieux pouvoir dans la pression prolongée de ces doigts de femme, le charme inéprouvé de cette sensation était tel que le paysan dut se rasseoir, sans volonté, plus gauche qu'après les libations du dimanche, une chaleur dans le dos, la gorge serrée, les yeux obstrués de vapeurs et des battements aux tempes.
Ce trouble n'échappa point à la comtesse.
—Eh bien, Sussel, reprit-elle, je sais, sans que vous me l'ayez dit, l'endroit et l'époque de votre rêve. C'était au château d'Alava, la nuit même de la bagarre de Zoersel.... Croyez-vous toujours, Sussel, que ce bonheur presque meurtrier était une illusion?
Sussel demeura plus pantois que s'il avait eu devant lui la vieille sorcière de Wortel.
—Au nom de mon salut éternel, que voulez-vous dire? bégayait-il en ébauchant un geste de terreur.
Elle ne le fit pas languir. Avant qu'il eût pu s'en défendre, elle lui jeta les bras autour du cou et, haletante, la bouche collée à son oreille, elle se confessa:
—Comprenez-vous à quel point on peut vous aimer? râlait-elle, éperdue. C'était moi la femme dans ce rêve de perdition.... Oh! je t'aime à la rage. Tu ne sauras jamais combien je t'aime....