Il mit dans ces dernières paroles une intention tellement perfide, il laissa percer dans cette réticence un si diabolique sous- entendu, qu'un jour sinistre traversa l'esprit de Laurent et que le jeune homme s'élança vers Béjard en le traitant de lâche.

L'autre se contenta de toiser ce masque mal embouché et poursuivit aussitôt ses investigations, mais la violente sortie de Paridael rappela enfin le commissaire à son rôle.

— Hé! vous, le pierrot?… Qu'on décampe, et presto! Vous n'avez rien à faire ici! dit-il en prenant Laurent par le bras et en le poussant dehors; puis se tournant vers Béjard et les deux maris: «Je crois les faits suffisamment établis, monsieur Béjard, et superflu de prolonger cette situation délicate. Nous pourrions donc nous retirer.»

Après avoir toussoté, il ajouta d'un ton contraint, comme si la pudeur l'eût empêché de s'adresser directement à des coupables si court vêtus: «Ces dames et ces messieurs auront la bonté de nous, rejoindre au commissariat pour les petites formalités qu'il nous reste à remplir!»

Laurent, contre son ordinaire, a jugé inutile de se rebiffer. Il retrouvera le commissaire! Béjard ne perd rien à attendre!

Pour le moment, un autre soin incombe à Laurent.

Coupable ou non, il faut que Gina soit avertie de ce qui vient de se passer et de la façon dont Béjard l'a désignée… Laurent se précipite dans la rue, comme un perdu, hèle un cocher, saute dans le fiacre:

— À l'hôtel Béjard!

Il arrache la sonnette, bouscule le concierge, s'introduit pour ainsi dire avec effraction dans une pièce éclairée.

Gina fait un grand cri en reconnaissant d'abord son pierrot de l'après-midi, et immédiatement après, sous cet accoutrement déshonoré, sous un reste de maquillage, son cousin Laurent Paridael.