Ô l'aimable homme que Daelmans-Deynze!

Ces ordres étaient donnés sur un ton paternel qui lui faisait des auxiliaires fanatiques de son peuple d'employés.

Une remarque à faire, et ce n'était pas là une des moindres causes de la popularité de Daelmans à Anvers, c'est que la firme n'occupait que des commis et des ouvriers flamands et surtout anversois, alors que la plupart des grosses maisons accordaient, au contraire, la préférence aux Allemands.

Le digne sinjoor ne voulait même pas accepter les étrangers comme volontaires, il ne reculait pas devant une augmentation de frais pour donner du pain aux «gars d'Anvers», aux jongens van Antwerpen, comme il disait, heureux d'en être, de ces gars d'Anvers.

Les autres négociants trouvaient originale cette façon d'agir. Le banquier rhénan Fuchskopf haussait les épaules et disait à ses compatriotes résidant à Anvers: «Ce ger Taelman vé té la boézie!», mais le digne Flamand «faisait bien et laissait dire», et les Tilbak parlaient avec attendrissement du patriotisme du millionnaire du Marché-aux-Chevaux, et Vincent faisait miroiter aux yeux de son petit Pierket, bon écolier, cette perspective: «Toi, tu entreras un jour chez Daelmans-Deynze.»

Il vous a entraîné au fond de la cour dans la maison dont la façade antique est tapissée d'un lierre pour le moins contemporain de la bâtisse. À gauche, en face du bureau, sont les écuries et la remise. On gravit quatre marches, on pousse la grande porte vitrée précédée d'une marquise.

— Joséphine! voici un ressuscité…

Et une bonne tape dans le dos, de la main de votre hôte, vous met en présence de Mme Daelmans.

Celle-ci, qui travaillait à un ouvrage au crochet, jette une exclamation de surprise et s'extasie sur l'heureuse inspiration à laquelle on doit votre visite.

Si le mari a bonne mine et l'abord sympathique, que dire de sa «dame»? Le type par excellence de la ménagère anversoise, soigneuse, proprette et diligente.